On se dit souvent que c’est l’espoir qui fait vivre, mais le devoir d’espérer rend parfois naïf. Sachant que la couleur du futur est noire comme une sombre nuit d’été, l’humain ne se livrerait pas si vite. Les supporters congolais l’ont appris à leurs dépens après les deux matchs amicaux contre l’Ouganda.
Le récit d’une histoire mal racontée peut condamner l’innocent et célébrer le coupable. Là où l’excitation pour le vin nouveau étouffe la rationalité, le piège de la désillusion est implacable. Aujourd’hui, dans ces lignes brisées par les lettres de notre attitude commune à critiquer sans comprendre, on se remet en question. On s’accuse aussi, car l’écart entre ce que l’on pense et ce qui est réellement nous a rendus coupables.
Deux matchs contre l’Ouganda, deux contre-performances et une vérité désormais opposable à tous. Il faut apprendre à respecter les choix du sélectionneur, même si, par moments, il peut se planter. « Il ne prend que les mêmes, il favorise des joueurs qui ne méritent pas la sélection, il est contre le renouvellement de l’effectif. » Ces arguments des supporters, érigés en vérités ces derniers mois, ont été déconstruits en 180 minutes.
Les Ougandais, 81es au classement FIFA, ont rappelé aux Congolais la place de l’homogénéité et des automatismes dans le football. Les nouveaux ont été alignés. À la surprise générale, même les plus talentueux ont déçu. Prestation moyenne pour quasiment l’ensemble des nouveaux venus.
Les chantres du renouveau ont perdu leurs voix. Les coachs des tribunes et des rues, eux, sont tous confus et déboussolés. Ceux-là mêmes qui réclamaient les nouveaux se sont mis à les critiquer sans retenue.
Entre reconnaître que le coach avait peut-être raison de ne pas modifier son groupe pour la Coupe du Monde et lâcher les nouveaux dans la balance contre les anciens, les supporters sont CONFUS. Une confusion majuscule qui va surtout ramener les gens sur terre.
Le mot « cycle » désigne souvent un changement ou une transformation qui doit se produire quoi qu’il arrive, dans un système et selon une période donnée. Avec le temps, le mot a pris place dans le jargon du football. Les équipes se construisent, les joueurs arrivent, brillent, gagnent et procurent des émotions aux supporters… mais cela ne saurait être éternel.
Au bout d’un temps, il faut tourner leur page et construire à nouveau. Lancer un nouveau cycle, aime-t-on le dire. Mais attention : un cycle arrêté brusquement ou brutalement est susceptible de créer une anomalie dans le système.
Les Congolais, dans leur grande majorité, attendaient un nouveau cycle pour leur équipe nationale après la Coupe du Monde. De nouveaux joueurs et un nouveau plan de jeu, pour, espéraient-ils, de meilleurs résultats. Cette réclamation, pourtant légitime, résonne au milieu d’une période qui semble encore délicate.
En RDC, le football vit, et beaucoup en vivent. Des millions de Congolais s’identifient à leur équipe nationale et trouvent dans ses victoires une joie infiniment grande. C’est le symbole d’une fierté absolue. Mais cet amour et cette passion ne sont pas gratuits. Le peuple a, en parallèle, gagné le droit de critiquer les joueurs et les choix du sélectionneur puisque, évidemment, c’est son équipe nationale.
Ainsi, avant la publication de la liste pour la Coupe du Monde 2026, les supporters ont demandé de nouveaux joueurs pour étoffer l’effectif. Sébastien Desabre, lui, choisissait de continuer avec ses soldats, ceux avec qui il a remporté les plus grands combats.
Stratégique, l’idée avait beau être pertinente, la réaction des Congolais était mitigée. Il y avait nécessité de convoquer de nouveaux joueurs, insistaient plusieurs sous l’effet de la colère et la déception.
La raison de ces revendications se trouve dans l’enthousiasme du peuple congolais pour ce qui est nouveau. Il se lasse rapidement de voir les mêmes choses tous les jours. Une attitude qui crée une soif inconsciente de nouveauté.
N’étant pas sourd, Sébastien Desabre a écouté leur complainte et a convoqué 12 nouveaux joueurs. Occasion d’une excitation majeure chez les Congolais, de l’enthousiasme à son comble. Des surnoms à gauche, des highlights à droite pour accueillir les nouveaux binationaux. Curieusement, la joie de les voir arriver est déjà aux prises avec l’insatisfaction de les avoir vus jouer.
C’était tout aussi irrationnel de croire que l’arrivée des nouveaux joueurs changerait immédiatement la dimension de l’équipe. Une illusion. Avec un système qui n’est pas encore solidement constitué et une identité de jeu difficile à déchiffrer, injecter soudainement plusieurs nouveaux joueurs est un risque que Sébastien Desabre refuse de prendre. Il veut y aller pas à pas, un joueur après l’autre, puis ainsi de suite.
Car, contrairement aux supporters obnubilés par l’immédiat, l’équilibre de l’équipe sur la durée est plus important que tout aux yeux du sélectionneur. C’est ainsi qu’il construit cet édifice, brique par brique, avec des joueurs visiblement finis selon l’opinion populaire, mais dont les profils demeurent utiles à l’équilibre du dispositif du coach.
Nous avons probablement entendu parler de cette parabole du Seigneur Jésus-Christ, reprise dans l’Évangile de Luc 5:37-39, sur le vin nouveau et les vieilles outres. Elle est un parfait contre-exemple à l’intégration expresse des nouveaux dans l’équipe, comme souvent réclamée par le public.
Kalimuendo ou Brunner doit venir car Bakambu est nul, Elia et Bongonda ne servent plus à rien, Masuaku ne doit plus être appelé, Tshibola fait quoi en sélection ? Voilà les phrases que les fans des Léopards répètent à longueur de journée.
Ils ont tort, nous avons tous eu tort de penser ainsi. Une équipe nationale, c’est la cohésion à la base, les automatismes et surtout l’équilibre. Le Real Madrid de Mourinho peut d’ailleurs en témoigner.
« Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon le vin nouveau fait rompre les vieilles outres, il se répand et les outres sont perdues… », disent les Saintes Écritures. Un système qui a pris du temps à être construit typifie les vieilles outres. En amenant brusquement de nouveaux joueurs, le système peut se fragiliser et l’équilibre se briser.
Mokio, Banzuzi, Kadile ou encore Kambwala sont certes de très bons joueurs, mais auront sûrement besoin de temps pour trouver leur place dans le système de Desabre, pour autant qu’ils soient compatibles avec celui-ci. Ils peuvent ne pas performer immédiatement dans ce système qu’ils ne connaissent pas encore, ni dans cette philosophie de jeu qu’ils n’ont pas encore pleinement assimilée. Les deux revers contre l’Ouganda en sont une preuve irréfutable.
L’Édito de Isaac BAMPENDE





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